Billetterie

Et pour quelques dollars de plus

Per qualche dollaro in più / For a Few Dollars More

de Sergio Leone , Italie, Espagne, Allemagne , 1965

Deux chasseurs de primes concurrents, l’un ex-colonel sudiste (Lee Van Cleef), l’autre virtuose du Colt quoique manchot (Clint Eastwood), découvrent qu’ils poursuivent le même homme, l’Indien (Gian Maria Volontè). Ce chef de bande, psychopathe et drogué, récemment évadé d’un pénitencier, projette de s’attaquer à la banque d’El Paso. Après s’être jaugés et provoqués, Mortimer et le Manchot décident de s’associer pour poursuivre le bandit. Mais les deux hommes n’ont pas les mêmes motivations.

Second volet de la trilogie du Dollar, Et pour quelques dollars de plus débarque sur les écrans français six mois seulement après Pour une poignée de dollars. La critique, presque rassemblée, salue le brio du réalisateur, qui ne signe déjà plus de son nom d’emprunt, Bob Robertson. Et pour quelques dollars de plus ne déroute pas le public, désormais familier de l’excès dans l’utilisation des codes. L’intérêt du film ne réside plus dans sa virtuosité spectaculaire, mais dans sa narration, autrement plus étudiée.
Le scénario, plus élaboré que celui de Pour une poignée de dollars, introduit une figure narrative que le réalisateur réutilisera dans sa trilogie Il était une fois… : le flashback traumatique. Ce flashback a sa propre progression au sein même du récit général, dilué régulièrement jusqu’à la révélation finale. Pour Leone, le flashback est « la modernité même », permettant de maintenir la tension et de conserver la curiosité du spectateur.


ET POUR QUELQUES DOLLARS DE PLUS
Les héros ne sont plus ici de simples silhouettes archétypales, des machines à tuer sans états d’âme, ils ont une véritable épaisseur. Les motivations des deux chasseurs de prime ne sont pas les mêmes : si le Manchot, homme sans passé, traque l’Indien pour l’argent, le colonel Mortimer a, lui, soif de vengeance. Leone aborde également avec Et pour quelques dollars de plus le thème de l’amitié entre les deux chasseurs de primes, amitié pudique et virile (qui parfois tend vers la relation de filiation entre « mon garçon » et « le vieux »), amorce de ce que sera l’amitié dans Le Bon, la brute et le truand.
Leone développe une galerie de personnages exceptionnels : Eastwood, évidemment, qui crève l’écran ; Van Cleef, au physique d’aigle, sorti de sa retraite pour le meilleur ; Gian Maria Volontè qui offre une interprétation hallucinée, et tous les membres de sa bande, aux trognes prodigieuses.
Enfin, l’inoubliable musique de Morricone, sublimant les paysages désertiques brûlants de soleil, fait véritablement partie de la narration. « Elle devient non seulement un protagoniste à part entière, mais aussi un instrument essentiel du travail sur le temps : le carillon de la montre, qui rythme les scènes de flash-backs et de duels, fonctionne comme un instrument de liaison entre le passé et le présent, le rêve et la réalité, la mémoire et l’action. » (Olivier Père, Les Inrockuptibles, 29 août 2001)

La rencontre avec Lee Van Cleef
À la suite du désistement de Lee Marvin, Sergio Leone s’embarque pour Hollywood à la recherche de son colonel Mortimer. En vol, feuilletant l’Academy Players, il remarque le visage de Lee Van Cleef sur une photo plutôt ancienne. L’acteur s’est retiré du monde du cinéma, après une longue hospitalisation et des problèmes d’alcool. Depuis il se consacre à la peinture et vit dans la plus grande misère. Le cinéaste rencontre l’acteur qui arrive dans un vieux manteau très sale. Selon Leone, il est « l’incarnation du personnage ». Van Cleef signe son contrat immédiatement. « Et nous l’avons emmené à l’aéroport. À midi, nous étions à Rome. À 13 h, nous arrivions à Cinecittà. À 14h15, je tournais le premier plan. » (Conversations avec Sergio Leone, Noël Simsolo, Cahiers du cinéma)

Multi-facettes
Gian Maria Volontè pouvait tourner avec Sergio Leone comme avec Francesco Rosi, et tout jouer : terroriste, roi du pétrole, prince de la Mafia, ouvrier anarchiste, rédacteur en chef, commissaire de police, Premier ministre, tueur psychopathe comme ici (et chez Damiano Damiani, l’année suivante, pour El Chuncho), où il est aussi mémorable que lorsqu’il incarnera Giordano Bruno, Carlo Levi ou l’alchimiste Zénon.

Tics
Leone décide d’affubler le personnage de l’Indien d’une addiction à la drogue. Ce trait de caractère est en fait une ruse pour dissimuler les tics théâtraux de son interprète Gian Maria Volontè.

Et pour quelques dollars de plus (Per qualche dollaro in più / For a Few Dollars More )
Italie, Espagne, Allemagne, 1965, 2h13, couleurs (Technicolor), format 2.35 Techniscope
Réalisation : Sergio Leone
Scénario : Sergio Leone, Luciano Vincenzoni, Fulvio Morsella, Sergio Donati  
Photo : Massimo Dallamano
Musique : Ennio Morricone
Montage : Eugenio Alabiso, Adriana Novelli, Giorgio Serralonga
Décors & costumes : Carlo Simi 
Production : Arturo Gonzalez, Alberto Grimaldi, Constantin Film Produktion, Produzioni Europee Associati, Arturo González Producciones Cinematográficas
Interprètes : Clint Eastwood (le Manchot / El Manco), Lee Van Cleef (le colonel Douglas Mortimer), Gian Maria Volontè (l’Indien), Klaus Kinski (Wild, le bossu), Mara Krupp (Mary), Luigi Pistilli (Groggy), Joseph Egger (le prophète), Panos Papadopoulos (Sancho Perez),  Benito Stefanelli (Luke), Roberto Camardiel (l’employé de la gare de Tucumcari), Aldo Sambrell (Cuccillio), Luis Rodriguez (Manuel, le gangster), Lorenzo Robledo (Tomaso), Sergio Mendizábal (le directeur de la banque de Tucumcari)

Sortie en Italie : 18 décembre 1965
Sortie en République fédérale d’Allemagne : 25 mars 1966
Sortie en Espagne : 5 septembre 1966
Sortie en France : 30 septembre 1966

FILM RESTAURÉ
Cineteca di Bologna
Leone Film Group
Carlotta Films

Restauration menée par la Cineteca di Bologna et Leone Film Group au laboratoire L’Immagine Ritrovata. Remerciements à Alberto Grimaldi.

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